Un artiste doit-il chanter en français ou en anglais ? That’s a good question !

Quand un artiste décide de créer un titre, stylo et micro à la main, il s’appuie sur de nombreux modèles qui influencent sa manière de composer. Ainsi, quand un artiste français écoute de la musique chantée en anglais et qu’il doit choisir son mode d’expression, il peut facilement se détourner de sa langue maternelle pour choisir celle de Shakespeare.  

 

Un peu d’histoire

L’usage de la langue anglaise se répand dans le rock français dans les années 70. Désireux de retourner à l’esprit rebelle du rock’n’roll des origines et au phénomène “garage”, les artistes assumait ce choix radical, parfois puriste.  

Depuis quelques années, on peut cependant constater un changement : le français fait son retour en force.  

Pendant une longue période, les majors et les labels indépendants ne signaient pas de groupes français qui chantent en anglais, malgré quelques exceptions.
Par exemple, lorsque Phoenix démarche des labels vers 1998-1999, on leur explique qu’ils doivent impérativement chanter en français. Virgin sera le seul label à être intéressé, mais après le succès du groupe, les choses changent pour ces groupes.  

Et pourtant, la loi Carignon, du 1 février 1994, encourage les artistes à chanter dans leur propre langue : Elle impose aux radios privées de diffuser, aux heures d’écoute significatives, 40 % de chansons d’expression française, dont la moitié au moins provenant de nouveaux talents ou de nouvelles productions.
Le Conseil entendra comme “nouvelle production” toute création discographique pendant un délai de six mois pour les albums et les singles non extraits d’albums, et de trois mois pour les singles extraits d’albums, à compter de la date de leur première commercialisation. 

 

Chanter en Français ou en anglais ?  

Si le français est votre langue maternelle, il est naturel que vous soyez plus à l’aise avec celle-ci, aussi bien au niveau de votre diction, que de votre prononciation ou de votre accent. La langue française fait partie des langues les plus sophistiquées au monde et offre la possibilité à son auteur d’avoir des textes riches.  

De plus, vos fans auront une plus grande compréhension de vos textes, ils pourront rire à des paroles humoristiques, pleurer à l’écoute d’un texte fort, se retrouver dans vos textes engagés.  

Si vous décidez de chanter en anglais, il faut réaliser que tout le monde ne sera pas à même de comprendre vos textes, d’autant plus si vous n’avez pas préalablement travaillé votre accent. Chanter en anglais peut parfois nécessiter de prendre des cours, d’autant plus si vous ne savez pas bien placer l’accent tonique.  

 

Ou chanter dans les deux langues ?  

De plus en plus d’artistes font le choix de mélanger les deux langues dans leurs chansons. Prenons l’exemple de Chelsea qui a changé de nom à deux reprises : ils sont devenus Melville pour un album plus rock et entièrement en français, puis aujourd’hui ils sont réapparus sous le nom de 49 Swimming Pools pour un projet exclusivement en anglais. 

Chanter en Français et en anglais peut être un avantage : En français, pendant les couplets, l’auteur propose des images et exprime des situations, les paroles étant plus compréhensibles pour le public qui pourra facilement les assimiler. En chantant en anglais pendant le refrain, il profite alors de la musicalité de la langue en proposant des refrains plus mélodiques. 
En effet, l’anglais est rempli de doubles voyelles (ex: “you” [iou], “eight” [ei], “my” [ai]…) qui sont beaucoup plus faciles à lier quand on chante ! 

 

Du point de vue des artistes, ça donne quoi ?  

Eylia est une artiste française qui a fait le choix de chanter en anglais et de se frayer un chemin dans l’industrie malgré les obstacles : être invisible dans les playlists françaises et ne pas être jouée en radio.  

Elle raconte son histoire lors d’une interview pour le magazine Ancré. On vous partage un extrait de cette interview, qui est à découvrir entièrement ici.

 

Est-ce que ce n’est pas aussi se fermer quelques portes, comme par exemple le non accès au playlist FR qui permettent de faire tourner un hit ? 

Eylia : Ah si complètement ! Surtout en France, on a ce système de quota, on cherche la prochaine Angèle à chaque coin de rue… Aujourd’hui sur les plateformes les grosses playlists sont les playlists éditoriales, donc toute la place est prise par les artistes de labels majors. Forcément ils doivent faire streamer les artistes sur qui ils mettent des gros moyens et des gros contrats, ils ont des objectifs de rentabilité à remplir. Nous à côté de ça on ne fait pas le poids c’est évident, même si notre musique peut s’avérer souvent plus qualitative… 

 

Votre label vous a-t-il d’ailleurs conseillé sur ce sujet ? 

Eylia : Aujourd’hui je n’ai pas de label, je suis indépendante. Mais la totalité des labels français que j’ai pu approcher ou des journalistes qui m’ont interviewé m’ont posé la question de savoir pourquoi je ne chantais pas en français. À la fin c’est pénible, car la musique que j’ai pu envoyer à des labels était le résultat d’années de travail, où j’y ai mis mon énergie, mes émotions les plus profondes, j’avais réalisé mes propres clips, tout produit en indépendante. Et au lieu de soulever cet accomplissement on se contentait de me répondre que si c’était en français, ils auraient signé le projet. Comme si c’était une condition sine qua non…. Ou alors on te met directement dans une case, j’ai aussi entendu : “on a déjà une chanteuse de Rnb en anglais“. Une fois un journaliste m’a rétorqué “ah tu chantes qu’en anglais, tu te crois trop bien pour la France ?”. Comme si mon but en chantant en anglais était directement prétentieux et trop ambitieux. 

 

Pensez-vous que le public arrive à vous identifier et à vous placer dans le paysage musical français ? Disons-le, est-ce que ça ne crée pas une certaine distance finalement ? 

Eylia : Je pense que pour l’instant le public qui nous identifie en France est un public assez niché et restreint. À mon sens notre musique ne deviendra jamais populaire en France. Ce qui est complètement paradoxal quand la musique de Beyoncé ou de Drake l’est par exemple. Mais en France, j’ai l’impression qu’on considère que si tu es français, tu n’as pas cette légitimité et crédibilité de chanter en anglais, les ricains ou les anglais sont très capables de le faire eux-mêmes et ils le font déjà assez bien. C’est une distance qui a été instaurée à tort par les labels majors, la radio, les institutions comme les Victoires de la musique, qui veulent mettre en avant la musique comme un bien de consommation, ça doit aller vite, être efficace, compréhensible, rentable. Ils ne sont pas encore ouverts à prendre des risques avec des artistes qui expérimentent ou qui diffèrent simplement de ce qu’on a l’habitude d’entendre. C’est un marché comme un autre après tout. 

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